Cet extrait ne provient pas des écrits de Bering, mais du compte-rendu des expéditions au Kamchatka par Friedrich Müller, un Allemand membre de l’Académie impériale russe des sciences. Müller s’est rendu en Sibérie lors de la seconde expédition, mais il est retourné à Saint-Pétersbourg avant que les navires quittent Okhotsk. En 1758, il a publié le seul rapport officiel à sortir au cours du 18e siècle. Le rapport était basé sur les rapports des membres de l’expédition Spanberg, Walton, Stellar, Waxell et du capitaine Chirikov ainsi que sur les cartes et les journaux de bord de l’expédition livrés au Collège d’amirauté. Le passage raconte les événements du début de novembre 1741 alors que l’équipage du Sv. Petr souffrant de scorbut dérivait désespérément dans le Pacifique Nord.
« Les pluies continuelles commençaient maintenant à se changer en grêle et en neige. Les nuits devenaient même plus longues et plus noires et à cause de cela, les risques augmentaient parce qu’ils ne pouvaient plus pendant un certain temps être certains de la sécurité du navire. Au même moment, il y a eu une pénurie presque complète d’eau fraîche. Les quelques personnes encore sur leurs pieds ne pouvaient plus endurer le surplus de travail. Ils se sont donné cette impossibilité comme excuse et se sont souhaité une mort hâtive, qu’ils voyaient comme inévitable et de beaucoup préférable à cette vie misérable.
Le navire est resté sans aucun gouvernement pendant quelques jours. Il ressemblait à un billot sur l’eau et flottait au gré des vents et des vagues. On n’aurait pu utiliser aucune sévérité envers l’équipage désespéré. Certains se sont permis d’être persuadés de rester sur le pont et ils se sont résolus à travailler aussi longtemps qu’ils le pouvaient.
C’était l’état du bateau quand, au petit matin du 4 novembre, ils ont commencé à naviguer vers l’ouest sans savoir à quelle latitude ils étaient ou à quelle distance ils pouvaient être du Kamchatka. Comment pouvaient-ils le savoir, puisqu’il avait été impossible de prendre des observations pendant une si longue période? En conséquence, l’incertitude du point estimé du navire, puisqu’il était demeuré si longtemps sans correction, avait augmenté quotidiennement. Cependant, un parcours vers l’ouest était le seul sur lequel ils pouvaient compter pour espérer retourner au Kamchatka. Quel plaisir, peu après, lorsque vers huit heures ils ont pu voir la terre! »
