Cet extrait a été écrit par Galiano à propos des événements du 8 juillet 1792. À un endroit près de l’embouchure du détroit de Juan de Fuca, le chef autochtone Tetaku et sa femme Maria ont visité les goélettes de l’expédition dans leur canot. Tetaku a été invité à voyager à bord du Mexicana. L’extrait montre le contact entre les Espagnols et les peuples des Premières nations, certaines de leurs approches avec les Autochtones ainsi que la reconnaissance par les membres des expéditions de Malaspina et de Galiano-Valdés qu’il y avait plusieurs « nations » qui vivaient sur la côte et qui possédaient les terres.
« [Tetaku] a pris un peu de poisson séché dans le canot, l’a accroché aux gréements dans la goélette et a ordonné à sa femme [« Maria »] de continuer son voyage. Peu de temps après, un canot s’est approché transportant une de plus vieilles femmes…elle a laissé savoir à Valdés qu’il devrait nous laisser et l’accompagner. Valdés lui a fait comprendre que si nous rencontrions Maria dans le canal, ou quelqu’un qui le connaissait et qui était persuadé que Tetaku était dans le Mexicana, ils penseraient que nous lui avions fait du mal. En tout cas, nous serions exposés à entrer en guerre contre des nations avec lesquelles nous avions pris grand soin de maintenir des relations pacifiques. Donc, nous avons essayé de l’expliquer à Tetaku, qui a essayé de persuader sa femme en utilisant les mêmes raisons… il a fait des signes à Valdés et à Vernacci de l’embrasser et de l’amener dans la cabine et de ne pas le laisser partir.
Il y avait tant à admirer dans la conduite du chef, qui était propriétaire de beaucoup de propriétés et de biens ainsi que le chef d’un vaste territoire. Seul, sans arme, dans un navire dont la sécurité et le fonctionnement lui étaient étrangers, il s’était donné à des étrangers qu’il avait vus pour la première fois le jour précédent d’une manière libre de souci, de doute et de regret… Il observait et posait des questions avec beaucoup de curiosité, laissant savoir que c’était son désir d’être admis et transporté dans le navire pour qu’il puisse voir nos facettes intérieures et le fonctionnement de nos navires. Il regardait attentivement nos manœuvres, examinait le fonctionnement des câbles, demandait leurs noms, ne laissant rien échapper à son attention… il nous informait des pratiques de son pays, donnant le nom de certaines choses qui pourraient nous intéresser.
En soirée, nous étions sur la rive, visitant la demeure de Tetaku où il y avait cinquante Indiens. Ils nous ont donné des couvertures pour nous asseoir dessus et nous ont offert une portion de la pieuvre qu’ils avaient…Nous avons appris par la suite que [Tetaku] était un des chefs les plus craints parmi les habitants de la côte et que son respect et son autorité étaient le résultat de son courage et de son habileté. »
